La fracture numérique décrit les inégalités dans l’accès aux Technologies de l’Information et de la Communication, leur utilisation et leur impact.
Lydia Chaminand et Marine Leprince nous décrivent la situation au sein des résidences des Floréales et des Cèdres bleus, depuis le constat de la fracture numérique présente chez les résidents, jusqu’à la mise en place opérationnelle de solutions.
Contexte
La crise sanitaire du Covid-19 a bouleversé le quotidien de tout un chacun et a eu des conséquences majeures au niveau de l’économie, de l’accès aux soins, de la santé mentale et de l’isolement. Ces conséquences ont été majorées auprès du public le plus vulnérable, accentuant les inégalités sociales.
Le numérique, facilitateur du quotidien, s’est imposé comme une nécessité pendant la crise sanitaire. Les réseaux sociaux, le télétravail, les nouveaux modes de communication numérique et l’utilisation des plateformes de démarches en ligne, ont pu atténuer les effets de la crise sanitaire pour bon nombre d’entre nous. Néanmoins, les publics les plus vulnérables n’ont pas pu accéder à ce progrès social, mettant en exergue la fracture numérique. Elle est définie par une inégalité d’accès et d’usage aux outils numériques, et peut conduire à l’exclusion numérique. La spécificité de cette exclusion est qu’elle s’ajoute à des facteurs d’exclusion déjà existants tels que la pauvreté, le chômage, l’isolement ou le handicap.
Une des missions de l’association AIDAPHI est d’œuvrer pour la resocialisation voire la socialisation des personnes en difficultés d’insertion sociale ou en situation d’exclusion. Les valeurs de solidarité qui portent l’association nous ont conduits à repenser l’inclusion sociale pour les publics accompagnés. Aujourd’hui il n’est plus possible de penser l’insertion sociale sans intégrer le numérique. C’est pourquoi un projet d’inclusion numérique a été élaboré sur la résidence les Floréales de l’association AIDAPHI à destination des résidents des trois dispositifs sur la base d’un diagnostic de territoire.
Diagnostic
Les résidents des Floréales ont été invités à répondre à un questionnaire sur l’accès au numérique. Sur une cinquantaine de résidents, 38 ont acceptés de répondre. Les résultats ont montrés que, lorsqu’il s’agit de réaliser des démarches administratives, 65,8 % disent se déplacer à l’administration, 60,5 % utilisent encore les formulaires papiers et 55,3 % téléphonent aux administrations. En cas de difficultés, 76,3 % déclarent se tourner vers les travailleurs sociaux. Enfin, le diagnostic a montré que le sentiment de difficulté augmentait avec l’âge. A titre d’illustration, les personnes âgées de plus de 56 ans, soit 42,1 % de l’échantillon, se trouvent toujours en difficulté face à l’utilisation du numérique
La recherche de partenaires
En 2019, Emmanuel Macron et son gouvernement ont annoncé la création de Maisons France Service afin de rapprocher les services publics au plus près des citoyens. Ces dispositifs sont des lieux d’accueil pour un public demandeur d’aide pour réaliser ses démarches administratives en ligne. Sur l’agglomération orléanaise, une Maison France Service a ouvert ses portes à Saint Jean de la Ruelle. Cette initiative est une innovation intéressante pour bon nombre de nos concitoyens.
Cependant, compte tenu de l’éloignement géographiques des Floréales, de la difficulté de notre public à se déplacer mais surtout à aller vers l’extérieur, ce dispositif ne nous parait pas adapté aux résidents. Un travail « d’aller vers » le public des Floréales en apportant une expertise dans la pratique du numérique nous semblait plus adapté.
Dans cet objectif, nous avons été amenés à nous rapprocher de l’association Action Numérique.
Depuis 2019, cette association lutte contre l’exclusion numérique en apportant des solutions d’accessibilité. Composée de médiateurs numériques, cette association agit pour une meilleure diffusion des pratiques et savoir faire liés au numérique.
Lors de nos échanges, l’association Action Numérique a été sensible à la situation d’exclusion numérique des résidents des Floréales. Ils ont compris les problématiques des résidents et ont proposé d’adapter leurs interventions en acceptant d’intervenir sur site. Une collaboration est donc née autour de ce projet d’inclusion numérique.
Financements
Dans le cadre de l’appel à projet ¨Maintien du lien social et lutte contre l’isolement des séniors¨ de la CARSAT, la commission d’Action Sociale de la CARSAT a accordé une subvention de fonctionnement de 10 400 € et une subvention d’investissement de 2000 €. Le projet a donc pu se mettre en place. Un poste informatique fixe, ainsi que des ordinateurs portables ont été achetés pour permettre le bon déroulement des permanences et des ateliers.
Des pistes de compléments de financements sont à l’étude pour ce projet dont la réalisation doit s’étaler sur l’année 2022.
Mise en place opérationnelle
Après une phase de sensibilisation au projet auprès des résidents, par des échanges avec les travailleurs sociaux ainsi que des flyers et affichages, les permanences et ateliers se sont mis en place.
Actuellement les permanences ont lieu toutes les semaines en alternances aux Floréales et aux Cèdes Bleus. Un médiateur numérique reçoit sur des créneaux d’une demi-heure à une heure les résidents qui souhaitent faire une démarche, une recherche, ou encore simplement se divertir.
Un atelier numérique collectif mensuel a lieu aux Floréales, dans le cadre d’un moment convivial.
Les objectifs sont :
Accueil du projet par les résidents
Les résidents se sont mobilisés pour les réunions d’informations collectives de présentation du projet et de son déroulement. Compte tenu du turn over des résidents, notamment sur le CHRS et la résidence sociale, certains n’ont pas eu le temps de profiter de l’intervention d’Action Numérique avant de quitter la structure.
Pour les autres participants, une évaluation conjointe a été faite avec Action Numérique, après quelques semaines d’intervention. Des ajustements ont été réalisés, en ce qui concerne l’aspect convivial de la séance collective du jeudi matin. Elle accueille désormais plus de participants.
Depuis le début de l’intervention, il y a un peu plus de 4 mois, 8 résidents se mobilisent très régulièrement sur les Cèdres Bleus et les Floréales pour participer aux permanences et aux ateliers. Une vingtaine de résidents ont pu bénéficier de la présence d’Action numérique sur les deux sites ces dernières semaines, chacun revenant plusieurs séances.
Certains résidents ont le souhait de se former et d’acquérir des connaissances. D’autres résidents se mobilisent plus occasionnellement en fonction de leurs besoins.
Cette mobilisation nous semble intéressante tant quantitativement que qualitativement. Il s’agit pour certains d’une activité complètement nouvelle, mais qui va permettre de faciliter le quotidien. Elle permet surtout d’acquérir des compétences, que la plupart des résidents ne seraient pas allé chercher seul à l’extérieur de la structure.
• Lydia Chaminand, Conseillère en Economie Sociale Familiale et Marine Leprince, Assistante de Service Social

